- Vous trouverez ci-dessous le texte de cet exposé (*).
- D'abord les parrainages, qui concernent actuellement 56 élèves.
Régine I, nous parla du bilan financier de cette action.
- Puis les distributions de colis alimentaires, seule action avec les parrainages qui subsiste et qui remplace les distributions de matériel scolaire et les travaux dans un lycée.
- Alain B. Trésorier présenta le bilan financier 2022.
- On procéda ensuite à l'élection d'un nouveau Comité d'Administration qui se réunit sur le champ pour élire le bureau. Celui-ci est composé de quatre personnes.
- Cette réunion se termina par des échanges conviviaux autour d'un thé afghan.
Quelques certitudes sur la situation en Afghanistan
Lors de notre précédente réunion, le samedi 10 octobre, nous voyions avec peine se dessiner le nouveau pouvoir des talebans, nous étions encore sous le choc du 15 Aout. Nous assistions à l’effondrement de l’armée afghane et l’installation, sans résistance ou presque, du pouvoir des talebans.
Nous avons maintenant plus de certitudes.
1) Les talebans mentent, et il est inutile d’essayer de discuter avec eux pour négocier un quelconque adoucissement de leurs positions. C’est ce qui est devenu évident après la conférence de Doha. Les américains ont essayé de négocier une transition politique : ils voulaient échanger leur départ contre quelques assurances concernant le droit des femmes. Les talebans ont exécuté leur programme sans aucune concession : progressivement, jusqu’à la dernière mesure en date : l’interdiction pour les femmes de suivre des études à l’université. Ne doutons pas qu’ils trouveront d’autres interdictions pour nuire aux femmes.
Réunion publique du 15 octobre 2022
Mme Saadia Osmani, présente le déroulement de la réunion et passe la parole à Nafissa SIKANDARI :
Comment expliquer la chute aussi rapide du gouvernement d’ Ashraf Ghani ?
Nafissa revient sur la conférence de Doha. Pendant cette conférence et les discussions qui l’ont précédé, la délégation talibane n’a fait que mentir, faisant semblant d’accorder quelques concessions aux droits humains, au droits des femmes en particulier. Dès que les talibans ont pris le pouvoir, ces concessions ont disparu, et il est devenu évident que les talibans n’avaient pas changé.
Il est de plus en plus clair que les soldats du régime avaient reçu l’ordre de ne pas se défendre et de laisser rentrer les talibans dans Kaboul sans combattre.
La ligne de conduite des Américains est devenue très claire : les Américains ne voulaient qu’une chose : partir. « Les Américains nous ont offert aux talibans ».
Les talibans n’ont pas changé, mais on peut repérer parmi eux trois tendances : un groupe d’intégristes absolus, qui obéissent à un commandeur des croyants qui reste caché. Un second groupe qui fait semblant de vouloir mener une politique plus souple et qui accepterait à la limite la scolarisation des filles, et un groupe majoritaire de « soldats de Dieu » qui n’a qu’une formation de combattant kamikaze et aucune formation politique.
Depuis un an, les talibans ont fait la preuve de leur totale incapacité à diriger le pays. Pas de travail, chômage endémique, insécurité permanente… Ce pouvoir ne durera pas longtemps, mais pendant ce temps, il sévit durement.
Les premières victimes en sont les femmes. L’interdiction faite aux femmes de travailler supprime des secteurs entiers de l’économie et de l’administration du pays. Éducation, santé, administration étaient les trois secteurs où les femmes étaient employées.
Les talibans font régner la terreur en organisant des perquisitions nocturnes, à la recherche des fonctionnaires de l’ancien régime. Les viols, qui sont fréquents lors de ces perquisitions, donnent lieu à des mariages forcés. Les talibans organisent la terreur sexuelle, faite de viols et d’enlèvements.
La politique des associations humanitaire est claire : permettre aux populations de survivre. La plupart des associations distribuent des vivres : c’est également ce que nous faisons avec nos colis alimentaires… Il n’est plus question pour l’instant d’améliorer une bibliothèque ou des salles de réunion ou un gymnase : lutter contre la faim devient le programme essentiel de toutes les associations. Le rétablissement de la sécurité n’est pas du ressort des associations : il viendra certainement, parce que les Afghans ne sauraient supporter longtemps cette terreur.
Intervention de M. le proviseur …m.. H.
Proviseur d’un lycée de Kaboul jusqu’en Aout 2021
Je vous remercie de m’avoir invité pour témoigner.
Je remercie l’Association «Solidarité Provence Afghanistan », pour tout le soutien qu’elle a apporté aux deux lycées dont j’ai été successivement proviseur. Je suis actuellement réfugié aux Pays-Bas, mais je garde un contact téléphonique permanent avec mon dernier lycée.
Je vais vous parler aujourd’hui de deux sujets :
Je vais vous dire quelques mots à propos du fonctionnement de l’Éducation nationale et de l’efficacité des aides. Je vais vous parler ensuite des changements survenus dans la scolarité des filles et le travail des professeurs femmes.
Quelques mots sur l’efficacité des aides : je voudrais dire qu’elle est visible dans la progression des élèves. Je tiens des statistiques sur la réussite à l’examen terminal (après la troisième année du lycée, l’équivalent du baccalauréat). Le taux de réussite a été en progression constante depuis que nous travaillons ensemble. Cela est dû à l’amélioration des équipements collectifs. Le terrain de sport, l’équipement de la bibliothèque, les achats de livres, les achats d’ordinateurs, la distribution d’uniformes pour les garçons et pour les filles, quel que soit l’âge ; le renouvellement constant du matériel abimé, l’amélioration des conditions matérielles que votre aide a permis, mais surtout peut-être a joué un sentiment psychologique : les élèves et les enseignants avaient le sentiment de ne pas être abandonnés, de participer à un effort commun et international. Je dois parler aussi de l’aménagement du circuit d’eau potable, de l’installation des réservoirs d’eau, du matériel des laboratoires de physique et de chimie, des fournitures de bureau, de la salle de réunion des professeurs, de la moquette de la crèche des enfants du personnel du lycée. Tout cela participe de l’éducation au sens large puisqu’il s’agit du bien-être, du confort de la bonne santé des élèves. Je signale l’importance particulière de la salle de réunion : c’est un symbole.
Chaque professeur connait l’origine de ces aménagements, et surveille soigneusement leur entretien. Dans la période actuelle je sais, par les contacts téléphoniques que nous conservons, qui ce matériel est bien gardé.
Je voulais intervenir aussi sur un sujet essentiel, vous le savez : l’éducation des filles. Le système éducatif se dégrade à toute vitesse, du fait des mesures prises par les talibans sur l’éducation des filles. Le problème se pose surtout dans les villes, là où il y a des enfants du niveau du collège et du lycée. On ne voit pas toujours que les mesures prises par les talibans détruisent le système dans son ensemble, y compris bien sûr, la scolarité des garçons.
Les femmes forment 80% de l’effectif des enseignant(es), le fait que les femmes soient chassées entraîne une dégradation numérique automatique du nombre de garçons scolarisés. Les femmes donnaient des cours aux garçons et aux filles, l’interdiction du travail des femmes fait fuir aussi les garçons, qui sont de plus en plus nombreux à déserter l’école
Le niveau a déjà baissé ; cela se constate déjà en quelques mois. Il y a aussi pour cela une raison économique : les salaires des enseignantes nourrissaient de nombreuses familles. Ils continuent d’être payés par l’UNICEF, il s’agit de 100 € par mois environ. Le maintien du système éducatif, tout dégradé qu’il soit, est une question de survie, en situation de famine.
L’interdiction des talibans vise particulièrement l’enseignement scientifique : le plus grand nombre des profs de mathématiques , de physique, de biologie et d’histoire étaient des femmes. C’est le résultat direct d’une conviction des talibans : c’est péché d’essayer de savoir comment le monde fonctionne. C’est l’affaire de Dieu. Ainsi, de plus en plus d’enfants estiment que la terre est plate…
Les écoles clandestines se développent à toute vitesse, surtout dans les régions les plus pauvres, chez les Hazaras et les chiites. Le niveau de la plupart d’entre elles est assez faible. On y enseigne surtout l’anglais et l’informatique. Ce sont, en fait des écoles préparatoires à l’exil. On n’a pas beaucoup de renseignements sur les écoles clandestines du fait du manque de journalistes.
Les tensions inter-ethniques grandissent. Prenons l’exemple du recrutement des fonctionnaires. Dans le récent concours de recrutement des fonctionnaires de niveau 3, le niveau le plus élevé, les candidats ont constaté avec stupeur que les questions des QCM étaient rédigées en langue pachtoune exclusivement. Les persanophones n’ont pas pu se présenter au concours. Les talibans ont clairement signalé qu’ils allaient établir le pachtoo comme seule langue officielle.
L’interdiction du travail des femmes se fait petit à petit. Chaque région, chaque village croit y échapper, et voilà qu’on annonce des visites domiciliaires pour vérifier l’application de la loi.
Les talibans, la nuit tombée, entrent de force dans les maisons pour chercher des fonctionnaires de l’ancien régime. Ils cherchent aussi des jeunes filles. Ils les violent parfois, puis les épousent.
Ces pratiques créent bien entendu la panique dans la population. Les familles n’osent pas parler.
Je dirai un mot aussi des déplacements de population. Comme certains régimes auparavant, ils essayent d’installer des familles pachtounes, nomades ou originaires des zones tribales, dans le Nord. Parfois les talibans mettent le feu aux maisons, et récupèrent les terres fertiles.
Les talibans ne réfléchissent à aucun programme de développement du pays.
Ils dépendent des ordres que leur donnent les dirigeants pakistanais. Nous demandons à la communauté internationale, si elle veut bien nous entendre, qu’elle fasse pression sur le Pakistan pour faire cesser la pratique des mariages forcés, des déménagements forcés de populations.
Michel et Nafissa T. firent ensuite un exposé sur les dernières actions sur place : parrainages et distributions de colis alimentaires. Exposé suivi d'un rappel des actions de l'association depuis sa création. Le tout illustré de photos et de vidéos.
La séance se termina autour d'un thé agfhan.
La situation en Afghanistan
&
L’intervention humanitaire
Septembre 2022
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Les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan depuis plus d’un an. Ils ont fait la preuve de leurs divisions et de leur incapacité à gérer un État . Ils sont divisés : certains souhaitent une application stricte de la sharia, d’autres voudraient assouplir un peu ces règles pour être reconnus par la communauté internationale. La sécurité s’est améliorée, mais Daesh (le groupe État Islamique) a poursuivi ses attentats meurtriers.
Les femmes sont les premières victimes de ce pouvoir.
De jour en jour, leurs libertés sont diminuées : Accompagnement obligatoire par un membre masculin de la famille, interdiction de voyager, interdiction de faire ses courses sans porter le hijab islamique, interdiction de poursuivre des études… Mariages forcés…
Les manifestations de femmes sont sévèrement réprimées. Les talibans veulent exclure les femmes de l’espace public.
Une économie en faillite.
L’économie fonctionnait grâce à l’aide internationale. Elle est aujourd’hui en ruine. La production est à l’arrêt, les échanges sont considérablement limités, le chômage est généralisé. Cette situation favorise les pratiques mafieuses et la culture de l’opium... La famine menace.
L’Afghanistan est privé de l’aide au développement, cependant les organisations internationales sont généralement restées sur place, elles ont au moins maintenu des antennes pour pouvoir reprendre l’aide quand les conditions politiques le permettront.
Une société de plus en plus violente.
En l’absence d’un état de droit, les conflits se règlent par la force et la violence. Les haines inters ethniques réapparaissent et se développent. Elles se combinent souvent avec une lutte pour la terre.
Quarante années de guerre ont développé une culture de la force : les problèmes ne se règlent pas par la conciliation et le débat. Les plus fortunés échappent à cette situation en s’installant dans les émirats ou en Turquie. Cette émigration des plus riches affaiblit encore le pays.
Le rôle des associations :
Comme la plupart des associations, nous estimons que notre rôle est de rester en Afghanistan, et de maintenir l’aide à la population autant que faire se peut.
Les Afghans ne sont en rien responsables d’une situation qui leur est faite, en fonction de considérations géopolitiques. (Convoitise des pays voisins)
Nous privilégions deux modes d’intervention : les parrainages de jeunes enfants, qui leur permettent de continuer leurs études tant bien que mal, et les colis alimentaires, qui aident quelques familles à survivre.
SOLIDARITÉ PROVENCE AFGHANISTAN - Sept 2022
Rencontre des associations au vieux port
"Vivacités", le dimanche 11 septembre
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Le Dimanche 11 septembre, de 10h à 18h, venez discuter avec nous à « Vivacités ».
La municipalité de Marseille organise le 11 septembre une rencontre des associations au vieux port.
C’est l’occasion de se rencontrer et de discuter.
Afghans en exil, travailleurs sociaux, membres d’association…
Nous sommes nombreux à Marseille à vivre au rythme de l’Afghanistan, et à condamner la situation actuelle.
Voici un an que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, et les conséquences en sont lourdes :
ü Les femmes voient leurs droits diminuer tous les jours.
ü L’économie se réduit, la production et les échanges diminuent.
ü Le système éducatif est en ruine.
ü La société devient de plus en plus violente, les violences interethniques en particulier se développent.
La population a bien du mal à survivre. Le premier souci des Afghans est d’échapper à la famine.
Ce pays, pour l’instant s’effrite, et tombe dans le chaos.
A bientôt, à Dimanche 11 septembre ! programmez une balade en ville avec un arrêt à notre stand !
La présidente : Nafissa S.
Le secrétaire : Michel T.
L’incertitude violente
Aout 2022
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L’incertitude violente et la famine : 17 nouveaux colis alimentaires ont été distribués au mois de Juillet par l’association.
Financièrement, nous pourrions faire plus, mais la question du contrôle nous obsède. Nous voulons que les colis soient distribués par des personnes de confiance, des personnes que nous connaissons, et que nous pouvons joindre par téléphone.
La sécurité est un souci important, certes, mais l’équité l’est tout autant. Nous ne voulons pas qu’on puisse nous dire que nous avons favorisé des personnes déjà à l’aise. Aussi, nous vérifions l’identité et l’activité des bénéficiaires. Nous retrouvons dans la liste surtout des personnes sans emploi, des handicapés par blessure de guerre, des femmes seules avec enfants, des petits vendeurs à la sauvette, etc…
Les bénéficiaires nous disent que les colis correspondent à leur attente. L’objectif principal est de vivre, voire de survivre. Chacun sait que l’hiver sera rude.
La situation politique ne s’éclaircit pas. Toujours les mêmes jeux de pouvoir entre les anciens responsables et chefs de guerre, toujours les appétits des voisins cherchant à s’emparer des richesses potentielles du pays, de sa situation géostratégique. Et l’Afghanistan n’est pas au centre de l’actualité.
Les tensions s’accumulent, mais l’orage n’éclate pas. Quand l’orage éclatera, il faut s’attendre à ce qu’il soit d’une violence extrême. En attendant, les talibans persécutent la moitié du genre humain…
Michel et Nafissa
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