Fondée en Mars 2005, cette association a pour but de fournir une aide humanitaire aux populations d’Afghanistan, en particulier dans le domaine éducatif et d’organiser des rencontres culturelles et d’information sur l’Afghanistan.

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Conférence d’Étienne Gille à Marseille

Vendredi 12 Avril 2024

  α β γ δ ε ζ

En novembre, Étienne Gille, un des principaux animateurs d’AFRANE (amitiés franco-afghanes) a passé trois semaines en Afghanistan pour faire le point sur l’action de son association. Nous l’avons invité pour faire un compte rendu de son voyage ; Étienne est d’abord revenu sur la question de la sécurité. Les talibans d’avoir rétabli la sécurité. Certes, il y a moins d’attentats-suicides et de règlement de comptes. Et il a pu voyager sans risque . Mais cette violence brutale n’a pas disparu. Certains attentats sont le fait de Daesh.

Mais ce sont les femmes qui ont le plus à souffrir de l’insécurité. Elles ne peuvent sortir qu’accompagnées d’un mahram (membre masculin de la famille).

La police des mœurs est très présente : elle vérifie la conformité des vêtements avec les prétendues normes islamiques, et parvient, dans certains secteurs, à terroriser la population.

Les filles n’ont toujours pas le droit d’aller à l’école après la classe de 6e : les talibans en font un point d’honneur. Pour eux, la place des femmes est à la maison et sortir le visage découvert les déshonorerait.

L’insécurité est aussi liée aux revendications qui portent sur les terres ; les nombreux déplacements, les départs pour l’exil, les faux titres de propriété, créent des situations de violence. Les nouveaux juges, souvent des talibans, sont suspectés d’arbitrer le plus souvent en faveur des pachtounes. Les inégalités d’origine ethnique sont très nombreuses. Dans plusieurs provinces, des femmes convoitées par les talibans sont mariées de force, même très jeunes. On ne compte plus les enlèvements.

 

 

Les femmes ne sont pas les seules à se voir imposer des tenues vestimentaires . Les hommes doivent porter des « vêtements islamiques ».

Les talibans construisent des mosquées en grand nombre : il y en avait pourtant déjà beaucoup !

Selon l’ONU, la situation alimentaire est catastrophique. Les talibans cherchent à récupérer à leur profit une partie des aides alimentaires.

L’éducation est à la dérive, et ce n’est pas lié uniquement au refus des talibans de scolariser les filles, il manque des professeurs, et surtout des professeurs formés, car un certain nombre sont partis à l’étranger. Les décisions de talibans conduisent parfois à des situations ubuesques. Certaines femmes ont le droit de travailler : les personnels de santé et les institutrices, mais comment ces personnes pourraient-elles être qualifiées, atteindre le niveau du bac, par exemple, sil leur est interdit d’aller au lycée ?

Les classes clandestines se multiplient, heureusement. Ainsi que les formations à distance menées sur Internet. Mais se pose là encore un problème de contenu : le niveau de ces classes clandestines est parfois faible.

Enfin, la politique d’émigration du gouvernement taliban conduit à des résultats catastrophiques : les talibans laissent partir toutes les personnes instruites qui le demandent. Des milliers de visas de sortie du territoire sont accordés tous les mois.. Toutes celles et ceux qui ont un diplôme cherchent à fuir le pays. Une politique de reconstruction sera-t-elle possible quand toutes les personnes instruites, les techniciens capables, auront quitté le pays ?

Le gouvernement pakistanais a décidé de renvoyer chez eux un grand nombre d’Afghans, qui viennent s’établir à la périphérie des villes, créant encore davantage de pénuries et aggravant la situation sanitaire. Les réfugiés en Iran, en Turquie, au Pakistan, dans les pays du golfe, se comptent toujours pas millions.

Aucune des évolutions récentes ne semble aller dans le sens d’une ouverture du régime. Ni ouverture vers une gouvernance plus inclusive en matière d’ethnie, de genre, de courants politiques ou religieux, ni transparence politique, pas de constitution ni de Parlement, islamisation de l’enseignement, contrôles accrus sue les ONG. Les tentatives du régime de se faire reconnaître à l’international ne connaissent qu’un succès mitigé. Seule la Chine fait preuve d’indulgence à son égard. Pour les autres pays, c’est la perplexité qui domine. Enfin, sur le plan économique, si la monnaie afghane, l’afghani, a retrouvé sa valeur, la situation de la population reste mauvaise notamment du fait d’un chômage important et de revenus très faibles.

Reste-t-il un espoir ? L’avenir est imprévisible du fait de nombreuses inconnues : relations orageuses avec le Pakistan, dissensions au sein des talibans, mécontentement de parties importantes de la population. Quoi qu’il en soit, il importe de ne pas créditer les talibans d’une durée éternelle.

Michel T.                        

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