Fondée en Mars 2005, cette association a pour but de fournir une aide humanitaire aux populations d’Afghanistan, en particulier dans le domaine éducatif et d’organiser des rencontres culturelles et d’information sur l’Afghanistan.

Elections et dépendance

Introduction à l’AG du 23 nov.2019

   Les résultats des élections devraient être connus, mais ils ne le sont pas. Les élections ont eu lieu le vendredi 27 septembre, il y a un mois.

   Le candidat Abdullah Abdullah demande le recomptage dans 8255 bureaux sur 26 580, soupçonnant les partisans d’Achraf Ghani d’avoir truqué les votes.

   Alors que les talibans avaient prévu des attentats apocalyptiques le jour des élections, il n’en a rien été. 5 morts, un nombre d’attentats relativement faible. Presque 2 millions de votants sur 9 millions d’inscrits, le résultat n’est pas négligeable, étant donné les conditions.

   Quelles sont les raisons de ce dysfonctionnement majeur ? La question des élections a disparu des préoccupations internationales. Elle a disparu aussi des médias afghans.

   C’est que le processus électoral est   tout à fait lié au processus politique. L’un ne va pas sans l’autre.

    Des élections pour faire quoi ? Chacun met en cause le manque de perspectives. Les afghans sont sérieusement dubitatifs et inquiets. Ceux là même qui sont allé voter sont découragés.

    La raison de ce gâchis réside dans l’aspect chaotique de la politique de Trump. Trump pensait faire coïncider les élections avec la proclamation d’un accord de paix avec les talibans. Le couple accord de paix- élections devait permettre à Trump de tenir sa promesse électorale et de retirer ses troupes. Sans se soucier de ce que l’Afghanistan pourrait devenir.

   L’accord avec les talibans n’a pas pu être signé. Il s’en est fallu de peu. Les négociateurs américains ont tout fait pour accorder ce qu’ils pouvaient aux talibans, en contournant le gouvernement d’Ashraf Ghani. Mais il est devenu évident que les talibans allaient essayer de profiter au maximum du désir de départ de leurs adversaires en avançant des conditions inacceptables. La faiblesse des résistances qu’Ils rencontrent les autorise à demander toujours plus. Il est devenu évident aussi que le gouvernement actuel conserve des partisans qui ne sont pas prêts à laisser les talibans revenir au pouvoir. Les diplomates américains se sont aperçus qu’ils faisaient fausse route, et le plan de Trump s’est au moins provisoirement écroulé. Il semblerait que ce soit Trump lui-même qui ait mis fin à la démarche de recherche d’un accord, alors qu’il prévoyait d’abord une cérémonie grandiose à camp David. Il aurait bien aimé que Ashraf Ghani et les chefs des talibans se serrent la main lors d’une cérémonie médiatique évoquant la poignée de main entre Ehoud Barack, premier ministre israélien et Yasser Arafat, sous les auspices de Bill Clinton.

   S’il n’y a pas d’accord avec les talibans ; les élections n’ont plus aucun sens. Disons qu’elles ne concernent plus que des questions de personnes. Une plaisanterie court sur les réseaux sociaux, les urnes seraient stockées dans l’endroit le plus sûr de Kaboul, à l’ambassade américaine. Espérons que c’est une plaisanterie. C’est une manière de dire que c’est des américains que tout dépend.

   Il reste que nous sommes clairement dans un processus qui permet de tester des hypothèses et d’en éliminer quelques unes.

   L’idée d’un accord entre le pouvoir et les talibans est non seulement une mauvaise idée, mais une idée peut être impossible à réaliser. C’est une question de balance des forces. Les afghans qui tiennent à une évolution démocratique sont trop nombreux pour qu’on revienne à la solution d’avant 2001. La naissance d’une opinion publique afghane est une réalité. (chaines de télévision, réseaux sociaux). Il n’est pas dit que cette piste soit définitivement abandonnée pour autant

   La solution « asiatique » qui verrait une grande puissance asiatique prendre la place des Etats Unis est pour l’instant une vue de l’esprit, un projet de diplomate qui restera abstrait. La Chine a trop de problèmes pour utiliser l’Afghanistan comme étape décisive dans son projet des nouvelles routes de la soie. Il en va de même pour une solution qui mettrait en avant les anciennes républiques soviétiques du Nord. Les russes ont d’autres soucis que de parrainer à nouveau l’Afghanistan. Les pakistanais sont toujours dans une logique de confrontation avec l’Afghanistan, pas dans une logique de reconstruction.

  Le plus probable est un maintien du statut quo, avec diminution des forces américaines, de 18 000 à 9000, réduction dont Trump se satisferait pour sa campagne électorale. Ce qui l’intéresse, c’est de faire valoir pour sa réélection qu’il a fait rentrer les boys au pays. Le départ d’une partie des américains sera compensé par la technologie des drônes (guerre à distance). L’arrêt des discussions pourrait bien n’être que temporaire.

   En apparence, c’est donc reparti pour un tour de négociations sans perspectives, négociations menées par l’ambassadeur Zalmai Khalizad. Trump salue l’échange de prisonniers : deux professeurs l’un américain, l’autre australien, échangés contre des membres dirigeants du réseau Haqqani. Il veut voir dans cet échange de prisonniers le point de départ d’une nouvelle négociation.

   Sombre perspective, qui verra l’Afghanistan rester un terrain d’affrontement et une terre de pillage économique. (Investissements en Turquie, à Doha, au Qatar, dans les Emirats arabes unis)

   L’Afghanistan est le premier pays d’émigration du monde. Selon les décomptes, entre 250 000 et 300 000 départs par an, c’est beaucoup, mais il faut relativiser. ce n’est pas mortel. C’est l’équivalent de l’immigration italienne vers le reste de l’Europe et les Etats unis. dans les années 30. Ni l’Italie, ni les pays d’accueil n’en ont été radicalement bouleversés.

   Tout aussi inquiétant est l’immigration intérieure, liée à la sécheresse, qui déplace environ 1 million d’hommes par an, et aboutit à un exode rural massif.

   Une étude économique récente essaye de mesurer l’impact des attentats sur l’économie des différents pays. L’Afghanistan arrive bon premier dans l’ordre des victimes des attentats : ils coutent au pays 19% du produit intérieur brut.

   C’est un pourcentage qu’on ne rencontre qu’en cas de guerre.

Michel T.                  

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